Rendez-vous là-bas, donc :)
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Rendez-vous là-bas, donc :)
Journal d'écriture II
Journal d'écriture I
Pourquoi j'écris
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.
La folie
I've realised what I could have been
I can't sleep so I take a breath and hide behind my bravest mask
I admit I've lost control
Wikipédia nous apprend que l'artiste, Podkowinski, aurait lacéré sa propre toile au bout d'une trentaine de jours d'exposition, et qu'elle aurait été restaurée après sa mort, qui survient à l'âge de 29 ans... Évocateur, non ?
J'ai longtemps cru que ce tableau s'appelait "La jeune fille chevauchant la folie", mais je l'ai retrouvé sous le titre de "La Folie". Je l'avais acheté en carte postale lors d'une expo au Musée des Beaux-arts de Rennes sur la peinture symbolique polonaise (et non, je ne lis pas Télérama).
J'aime beaucoup cette image. Je crois que c'est celle qui me représente le plus. Ce cheval écumant créé dans les volutes de ténèbres, emportant cette jeune fille apparemment endormie qui s'accroche à lui presque affectueusement. La jeune fille chevauchant la folie, c'est un bon titre.
[La phrase du jour]
"La seule chose insupportable, c'est que rien n'est insupportable."
Désolée, je n'ai pas trouvé mieux que la VF.
[Les écritures du vide] Le roman
Une nouvelle à écouter !
[Les écritures du vide] Des méfaits de la pensée abstraite sur la créativité
[Autres mondes] Les activistes de l'imaginaire
Mais au-delà, de ce constat, force m'est d'en formuler un deuxième. De façon peut-être inattendue par rapport aux clichés qui prétendent qu'il y a une "vraie" littérature, sérieuse et la seule qui puisse réellement revendiquer sa qualité "littéraire" et exciter l'intérêt des universitaires, du côté de la SFF, le monde associatif ou de l'édition indépendante est d'une part bien plus actif, et d'autre part beaucoup plus professionnel. Par exemple, si vous cherchez à publier une nouvelle dite de "littérature blanche" (et je déteste ce terme), vous tomberez sur tout un tas de sites dont l'amateurisme vous fera reculer tout de suite. Peut-être que cet amateurisme n'est qu'une façade. Mais dans le monde des arts, la communication c'est primordial. Et moi, quand je tombe sur un site web fabriqué comme n'importe quel site perso amateur (couleurs criardes, mise en page chaotique, animations flash toutes moches, vous voyez le tableau), ça me fait fuir immédiatement. Et c'est sans parler de ces revues qui vous proposent des concours de nouvelles quasiment sans communication, si ce n'est l'accès au règlement. Ce sont des structures floues, on ne sait pas à qui on s'adresse, on ne comprend pas le projet qu'il y a derrière. Pareil pour les ateliers d'écriture. les structures qui en proposent sont toutes payantes, et on ne sait jamais trop si on va se retrouver avec un groupe de grand-mères qui cherchent à s'occuper, ou bien avec de véritables passionnés d'écriture. En fait, le monde en ligne de la littérature blanche (excepté pour les éditeurs professionnels, et encore, beaucoup ne semblent avoir aucune personnalité, aucune véritable ligne éditoriale, ou alors puent un certain intellectualisme à deux francs six sous) est confondu avec celui de l'écriture pour les amateurs. Je ne dis pas que ce n'est pas bien, mais quand on a d'autres ambitions, on a l'impression qu'il s'agit d'un monde refermé sur lui-même, qui gravite autour des auteurs consacrés par la presse et les chroniques de la rentrée littéraire. Je me demande toujours comment ces auteurs en sont arrivés là, quand il y a si peu de tremplins véritablement destinés aux jeunes écrivains, et non à n'importe qui qui a envie de s'essayer à l'écriture, comme je pourrais m'initier à l'aquarelle, parce que c'est plaisant, et non parce que je veux devenir une peintre reconnue.
Voilà, je n'écris pas ce poste pour cracher sur la littérature blanche, mais surtout pour dénoncer d'une part la fracture qui existe en France entre deux littératures, et d'autre part pour rendre hommage au professionnalisme et à l'esprit d'initiative, à l'énergie qui anime le milieu de l'imaginaire. Ces deux mondes ne sont-ils pas réconciliables ? Pourquoi devoir choisir son camp ? Certes, pour ma part ma sensibilité est plutôt fantastique. Mais en écritures, j'aime essayer des trucs. Les appels à textes sont pour moi un moyen régulier de les essayer. Mais si mon esprit vient à dériver vers des contrées prohibées, je suis retenue par ce mot écrit en rouge vif : imaginaire. Donc, pas de possibilité d'écrire des textes réalistes qui pourraient bénéficier de la même attention et du même professionnalisme. C'est un constat décevant. Je suis sûre que plein de gens voudraient me contredire, et croyez-moi, j'attends la contradiction avec impatience.
PS: si j'ai pensé à cela ce n'est pas par hasard, vous trouverez un texte non fantastique dans la rubrique "textes". Et oui, j'ai cherché si ça pourrait intéresser un éditeur ou un magasine, mais je n'ai rien trouvé qui me séduise. Alors tant pis, je le poste ici, car il y sera toujours mieux que dans mon dossiers "nouvelles achevées", sur mon ordinateur, puisque ici il a une chance d'être lu. Ce n'est pas pour la reconnaissance, mais simplement parce que j'ai dépassé depuis longtemps l'idée d'écrire "pour moi". Non, mes textes ont vocation à être lus, peu importe par qui et par combien. C'est dit :)
[Les écritures du vide] Quelque chose qu'on oublie dans les manuels d'écriture
On lit beaucoup d'articles de conseils aux auteurs, et certains sont très intéressants. Le problème ? Ils sont tous consacrés d'abord au style, et ensuite à la méthodologie. C'est bien. Mais ils ne disent pas que pour écrire, et surtout dans une optique professionnelle - et donc aménager son rythme et son mode de vie dans cette perspective - il faut avant tout se trouver soi-même. Je suis persuadée que personne n'arrivera jamais à devenir écrivain, c'est-à-dire à s'épanouir artistiquement et donc personnellement, s'il n'a pas trouvé d'abord ce que signifiait "écrire" pour lui. Sur mon blog perso, il y a cette citation de Rainer Maria Rilke, un poète et écrivain allemand, dans Lettres à un jeune poète, une compilation d'échanges épistolaires avec un jeune poète. Pour moi, cette citation est le début de tout :
"Rentrez en vous-même. Cherchez la raison qui, au fond, vous commande d'écrire ; examinez si elle déploie ses racines jusqu'au lieu le plus profond de votre cœur; reconnaissez-le face à vous-même : vous faudrait-il mourir s'il vous était interdit d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : dois-je écrire ? Creusez en vous-même vers une réponse profonde. Et si cette réponse devait être affirmative, s'il vous est permis d'aller à la rencontre de cette question sérieuse avec un fort et simple "je dois", alors construisez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'à son heure la plus indifférente, la plus infime, doit se faire signe et témoignage de cette poussée."
Une fois que j'ai répondu à cette question, j'ai avancé d'une étape dans mon chemin d'écrivain, qui implique des obstacles techniques mais aussi, et surtout, des obstacles moraux. Je veux dire qu'écrire est une aventure intime.
Je sais bien sûr que tout le monde ne la vit pas de la même manière. Mais. Un écrivain que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire, Greg Keyes, a dit un jour qu'écrire, c'était la capacité à s'assoir devant un bureau et à s'y mettre. S'assoir. Écrire. D'une simplicité enfantine, mais ça résume bien pour moi tout le problème de l'écriture. C'est que ça ne vient pas tout seul. Non, je ne veux pas parler d'inspiration, car le problème est bien plus complexe que ça. L'inspiration, ça se travaille. L'inspiration, ça s'invoque. Quand je me mets à écrire, j'ai souvent l'impression de faire de la magie. La magie est une bonne métaphore dans le sens où je crois à l'importance des rituels. Chacun doit trouver les siens, de manière à faire monter l'écriture en soi. Parce que si vous vous asseyez à votre bureau pour écrire, il y a de bonnes chances que vous soyez assaillis par l'ennemi suprême de n'importe quel créateur : le vide. Il faut aller chercher l'écriture en soi, et la sortir par tous les moyens, des moyens qu'on doit trouver en soi. On doit trouver ses ressources, les identifier, et être capable de les mesurer. Cette démarche représente un travail qui tient beaucoup plus de l'introspection que du perfectionnement technique. L'écriture est un artisanat, mais c'est avant tout un art intellectuel. Et pour le pratiquer, il faut de la disponibilité mentale, il faut avoir l'esprit à ça, il faut pouvoir l'assumer, et surtout s'y investir. Il faut être capable de supporter la pression intérieure qu'engendre cette pratique, canaliser le déferlement qu'elle provoque parfois. Et il faut aussi savoir provoquer l'hémorragie, ou l'inspiration, si vous préférez.
Et puis, pour écrire, là encore pour en revenir à des choses bêtes et simples, il faut savoir quoi écrire. Et pourquoi. Le comment vient bien après, seulement après qu'on ait résolu ces deux premières questions. Bien sûr, on écrit beaucoup de choses avant d'avoir résolu tout ça. Mais je suis persuadée que la qualité de l'écriture tient énormément au degré de clarté de ces réponses.
Il ne suffit pas de s'entraîner, ni de le vouloir. ça, c'est une idéologie américaine à la con qui a oublié que vivre prenait du temps. La culture du résultat, y compris en art - combien d'artistes, j'imagine, se sentent pris à la gorge parce qu'ils ne produisent pas assez ? - nous détourne parfois du plus important. Et ce qui importe c'est ce qu'on va écrire. Quelque chose de bien, ou un truc vite fait histoire de se prouver qu'on a pu l'écrire, ou bien qu'on a écrit parce qu'on était trop impatient, sans se poser les bonnes questions ?
Non, pour écrire, il ne suffit pas de le vouloir, même très fort. Il faut en avoir pris la décision profonde, existentielle, même. Il faut ensuite se trouver en tant qu'écrivain. Quel écrivain est-on ? Quel rapport entretient-on avec l'écriture ? Et surtout, définir ce qu'on veut faire, ce qui nous satisfait, tout simplement ce qui nous rend heureux. On ne doit pas seulement s'adapter à son métier. Il faut l'adapter à nous. Il faut se l'approprier. Je veux dire que le rapport qu'on a à l'écriture ne va pas de soi. Il faut le construire. Savoir quand on aime écrire, et dans quelles conditions. À partir de là, on peut créer des conditions d'écriture. Et là, peut-être écrire plus, mais en tout cas, certainement écrire mieux.
L'écriture est un cheminement solitaire, et cette route est longue, très longue. Il n'y a pas d'immédiateté, de facilité, de productivité. Il n'y a que des carrefours, des questions, des hésitations, des tentatives.
C'est ce cheminement, notamment, qui m'a permis enfin de cerner quelque chose qui me gênait dans mon écriture sans que je sache vraiment définir quoi. Je vous le raconte en guise d'exemple, car il m'a fallu du temps, beaucoup de temps, pour identifier ce problème qui m'était propre : c'était quelque chose que je devais trouver de moi-même.
En effet, j’ai l’impression de comprendre peu à peu ce qui cloche dans mes histoires : je les écris souvent comme un script, d’une façon ébauchée, inachevée. Je n’entre pas dans l’action, je reste en surface, parce que j’imagine d’abord, et je ne mets pas en scène en suite. Je reste dans l’abstraction au lieu de manifester ce que j’ai exprimé d’un point de vue abstrait, de pure pensée. Je n’écris que des pensées. Pas des actes. Et je crois que cela me fait perdre en efficacité. Ce que je veux, c’est trouver des symboles. Faire parler mes pensées. Non pas simplement les écrire, mais les faire exister dans mon histoire, si bien que je n’aurai plus besoin de les écrire, car c’est l’histoire qui parlera d’elle-même. C’est peut-être aussi cela que je trouve tellement parfait dans la musique. Et dans les séries que j’admire. L’une comme les autres ne dissertent pas. Elles montrent. Elles manifestent. Elles font exister, physiquement. Et pourtant, elles sont d’une richesse et d’une profondeur inépuisables. Et c’est ça qui m’énerve. Je n’ai pas encore appris à faire exister mes pensées en dehors d’elles-mêmes. Incroyable moment de lucidité, je ne pensais même pas en être capable.
Comme quoi... Pour ma part, le journal d'écriture est utile, voir indispensable. Parce qu'il me raconte mon propre parcours, et me permet de comprendre non seulement mon rapport à l'écriture, mais de le créer, et de le développer.
Voilà, je pense donc qu'il est nécessaire et bénéfique de réfléchir à son rapport à l'écriture avant même de vouloir changer son écriture telle qu'elle se manifeste, c'est-à-dire dans son aspect technique. D'abord le pourquoi, et le quoi. On en comprend ensuite d'autant mieux la technique.
Lecture de minuit
J'ai écris au fil des mélodies. Je n'ai jamais diffusé mes écrits de cette manière.
[Les écritures du vide] Progressions
En ce moment, je touche à tout. J’expérimente différentes façons de transmettre une histoire dans mon recueil sur la forêt (voir le prologue plus bas sur cette page) : l’enfant qui parle, le père qui raconte une histoire à ses enfants, la jeune fille qui écrit une lettre à son frère, le récit au passé, au présent. Tout cela avec une contrainte de taille : un seul point de vue. L’idée est la suivante : il s'agit de récits se déroulant tous en forêt, qu’on s’échange lors de veillées. Chaque personne raconte donc sa propre histoire. Au sein de cette contrainte, j’essaie de tester différentes possibilités de narration.
Mais je varie aussi les genres. Toujours sur un roman que je qualifierais de dark fantasy, avec une influence certaine venue du cycle d’Elric (c'est un roman à quatre mains dont mon homme écrit le scénario), je me lance également pour la première fois dans une nouvelle de pure fantasy, avec un monde inventé, de la magie et des épées. Ces références aux genres ne sont là que pour expliquer ce que j’écris en ce moment. Le genre ne précède pas l’histoire, c’est plutôt l’histoire qui l’appelle, et bien sûr mon envie de tester les différentes saveurs de toute la gamme littéraire. J’aime la contrainte, du genre en particulier. J’aime les contraintes narratives. Cela resserre mon récit, lui donne un cadre. Mais d’abord, vient toujours l’idée, le ressenti. Mais un ressenti tout seul ne vaut rien. Il lui faut un cadre pour s’exprimer : un peintre ne peint pas dans l’univers tout entier, mais dans les limites d’une toile. Je fais pareil. Et je suis toujours adepte de l’idée baudelairienne selon laquelle la contrainte peut, potentiellement, faire rejaillir l’idée plus forte, plus intense. Tout cela, bien sûr, sans parler du plaisir ludique à essayer, à jouer. Dans un jeu, il y a toujours des règles, et c’est ça qui le rend si amusant.
Dernier point enfin, ce qui me taraude en ce moment, c’est de tester des idées. De mettre en récit des réflexions.
Exemple.
Ces temps-ci, je réfléchis au personnage du barbare, je dois le dire, parce que la série Game of Thrones m’y a incitée, puisque j’ai particulièrement adhéré au personnage de Khal Drogo (même si je suis une très grande fan de sa femme, qui est sublime dans tous les sens du terme, mais son personnage nécessiterait tout un livre, et je ne m’y suis pas encore attaquée ;). Le barbare, donc : c’est cet absolu d’action, sans arrières pensées, cette force brutale et primitive dans l’âme et le corps. Je crois que c’est cela qu’essayait de dire Howard, une pensée nietzschéenne déformée par les idéologies nationalistes. Les nations n’ont pourtant rien à voir avec cela : la nation délimite, légifère. Alors qu’on parle d’un domaine où les frontières s’effondrent et la loi n’est plus qu’un mot sans importance. Une vue de l’esprit, qui n’a pas le pouvoir de contrecarrer l’impulsion vitale.
Mais comment concilier cela avec, justement, cette esthétique de la morale ? La morale est-elle un absolu ? Le personnage du barbare est-il un absolu de la morale ? En un sens, oui, j’en suis persuadée. La beauté de l’action réside dans le fait qu’elle soit une valeur incarnée, une valeur en mouvement, une valeur qui n’est plus une vue de l’esprit comme la loi, mais un fait, un phénomène.
Voilà. Eh bien, je commence à explorer ces pistes dans une nouvelle pour un appel à textes : celui de Griffe d’Encre sur le feu. Les deux thématiques ont fini par se rejoindre naturellement dans mon esprit. J’avais bien envie d’essayer cet appel à textes, car les thématiques élémentaires me séduisent, mais je n’avais guère d’idées. Et puis, les deux réflexions séparées ont fini par trouver un point d’appui commun. On va voir ce que ça donne.
Je parle toujours de ce que je fais mais vous n’en voyez pas grand-chose, parce que les processus d’écriture et de publications prennent souvent un temps désespérant, mais du coup, j’ai quand même eu envie de vous livrer un aperçu du travail effectué en ce moment. Vous trouverez donc dans la section « Textes » une nouvelle inédite destinée à mon recueil sur la forêt (que j’appelle comme ça parce qu’il n’a pas encore de nom). Pour info, ce recueil compte pour l’instant une demi-douzaine de nouvelles dont quatre que je considère comme achevées. Je travaille actuellement sur l’organisation et le remaniement de deux d’entre elles.
Notamment au programme : une réécriture des Bacchantes d’Euripide, où Dionysos, chassé par le roi d’une cité qui n’a pas reconnu le dieu, se venge en faisant entrer les femmes de cette ville en transe. Celles-ci partent dans les bois et se baignent dans le sang des animaux, et tuent accidentellement le roi, croyant qu’il s’agit d’un animal. C’est une histoire que j’aime beaucoup, car elle a beaucoup à raconter sur les frontières entre l’homme et la forêt, la loi et le chaos, sur le sens de la transe et surtout sur Dionysos, le dieu de la totalité, de l’absolu, de l’indifférencié, par essence opposé à la Cité, la loi, l’ordre humain.
Mais pour l’heure, bien que vous y retrouverez évidemment ces thématiques (puisqu’elles font partie de mes questionnements), je vous propose une nouvelle inspirée de l’Angleterre du Moyen-Âge : Newforest, paradoxalement la plus vieille forêt d’Angleterre, a abrité de nombreux nobles expropriés par le roi William (Guillaume le Conquérant), vivant comme des brigands. J’ai repris cette idée et y ai ajouté une présence sylvestre qui, telle Dionysos, dépasse l’humain et ses tentatives d’organiser le monde. À vous de juger, et n’hésitez pas à me faire part de vos réactions !
[Autres mondes] Vous reprendrez bien une petite louche d'imaginaire ?
Alors, dans mon sac en sortant triomphalement de la boutique : la trilogie de Dave Duncan, Les Lames du roi. Des enfants turbulents, des serments à vie et un hall de fer, le tout dans une atmosphère moyenâgeuse, ça a suffit à me convaincre de débourser la moitié de mon budget (d'autant que c'est une trilogie concentrée dans un joli bouquin aux éditions Bragelonne). Ensuite, je me suis dit, pour maximiser la quantité de nourriture intellectuelle, je vais acheter des petits bouquins, ces humbles livres de poche qui sont pourtant mes plus fidèles compagnons. Alors je me suis agenouillée, penchée, engourdi les genoux, tordu le cou (car ma librairie préférée ne sait plus quoi faire de ses livres), et j'ai finalement sélectionné : Cristal qui songe de Theodore Sturgeon, un bouquin paru en 1950 (!) se déroulant dans l'univers des forains et autour du mystérieux patron, le Cannibale, qui possède des cristaux magiques, et d'un petit garçon orphelin qui s'est enfui de sa maison d'adoption et a été transformé en fille pour les besoins de son futur numéro. Ensuite, La Forêt d'Envers-Monde, dont le titre seul a suffi à me conquérir, et d'ailleurs, je ne suis pas bien sûre de quoi ça parle. Ensuite, Leçons du monde fluctuant par Jérôme Noirez, parce que les auteurs français, c'est bien, et parce que le quatrième de couverture m'indique qu'il s'agit d'un hommage très personnel à Alice au Pays des Merveilles, et étant une fan incurable, je lirai tous les hommages du monde à cet immense classique. Et enfin, Le Costume du Mort, de Joe Hill, un bouquin qui m'avait déjà intriguée à l'époque où c'était un gros livre cher à 20 euros. C'est l'histoire d'un homme collectionneur d'objets étranges et glauques, qui se retrouve hanté par le défunt possesseur d'un costume dont il a fait l'acquisition.
Voilà, plein de lecture donc ! J'en reparlerai si ces bouquins en valent le coup, ce que j'espère !
[Les écritures du vide] Suite et fin
III/ La traduction du rêve
Le problème avec ma façon d’écrire, c’est que quand quelque chose me vient, l’inspiration si on veut, cela dépasse toutes les histoires. Je n’ai jamais une histoire en tête. Seulement des impressions, des sensations, des silhouettes, des cadres. La question que je me pose souvent, c’est comment caser telle ou telle vision dans l’enchâssement d’un récit. Comment canaliser ce flot brut, ce besoin irrépressible, et comment modeler une forme ? J’ouvre souvent des documents vierges. J’écris au hasard. Après, je me demande comment intégrer cette matière brute. Le soir, je suis traversée de rêves. Si vous avez déjà essayé de coucher un rêve par écrit, vous connaissez le genre de difficultés auxquelles je peux me heurter. Un rêve, pour moi, c’est avant tout une impression. Les mots ne correspondent jamais à ce vaste flou qui a pourtant tellement d’intensité. Organiser, planifier, caser, c’est parfois un sabotage du rêve. Mais il est aussi parfois nécessaire, car sans lui, il n’y a pas d’écriture. L’écriture n’est qu’une vaine et interminable traduction du rêve.
Il y aussi ceci de particulier dans l’écriture qu’il me semble que je doive traduire maintenant. Pas tout à l’heure, pas demain. Maintenant. Comme si le sens profond de mon émotion allait m’échapper dans quelques minutes, et c’est généralement le cas. J’en reviens au début de ma réflexion : quand j’écris, je suis toujours pressée.
IV/ Conclusion : la fin. (même si je parle d’un certain nombre de fins de série, je ne spoile pas, je ne donne que mon ressenti sur les fins en question)
Comment finir ? Chuck l’écrivain prophète de romans de gare (cf Supernatural, la série télévisée) devient enfin bon, avec cette fin. Toute sa sensibilité s’y exprime finalement. Les fins sont terribles, les fins sont impossibles, mais est-ce que quoi que ce soit finit jamais ?
Le mot juste. Toute l’écriture se résume à ça, et de même pour la traduction. Une recherche perpétuelle de la perfection linguistique. Vaine quête du Graal ? Parfois oui, parfois non. Certaines phrases sont si belles et limpides qu’elles sont propres à écrire une fin. Les fins me viennent plus facilement que le développement, et un peu moins que les débuts. Elles surviennent souvent dans le même jaillissement que les commencements, la vision brutale et pure arrachée des tripes par la musique. Mais lorsque arrivent les derniers mots, les instants ultimes de la mélodie qui ralentit puis s’éteint, je deviens maladroite et incertaine, tâtonnant dans le crépuscule de ma création. Il faut clore. Rendre un hommage digne à tout ce qui a précédé. Trouver une manière de dompter l’essence absurde de n’importe quel récit, afin d’achever sa transformation en histoire : une histoire, quoi qu’on en dise, ça a du sens. Et ça en a parce que ça a un début, un milieu, une fin. C’est un découpage apparemment arbitraire du temps qui aboutit à un tout cohérent. Cet ensemble permet de donner un peu de signification au Temps. Le temps sans fin, quelle qu’elle soit, n’est pas du temps. C’est l’éternité. Je vous donne un exemple : quand on regarde un film ou une série, l’impression finale, c’est ce qui va définir toute votre compréhension de l’oeuvre, ce qui va vous donner la véritable impression. Vous avez aimé le début ? Vous vous êtes ennuyés pendant le développement de l’intrigue ? La fin, pourvu qu’elle soit bonne, peut rattraper tout cela et donner un sens à ce que vous avez vécu. Par exemple, Six Feet Under (je fais ici une parenthèse pour expliquer une chose : si je me réfère souvent aux séries télévisées pour parler d’écriture ou de scénario, c’est pour la simple raison que beaucoup de séries me paraissent sublimer l’art de la narration) : j’ai adoré la première saison. Je me suis ennuyée dans les saisons du milieu, presque jusqu’à la fin. Puis il y a eu le dernier épisode. Cet épisode a donné son sens et sa portée à toute la série, même si elle s’égarait parfois dans des détours qui ne m’intéressaient pas. Un contre-exemple, maintenant : Lost. J’ai adoré toute la série. Le dernier épisode a réduit le sens et la portée de la série. Toute la mystique développée au long des épisodes se retrouve enfermée dans le carcan d’une vision idéaliste et bien trop chrétienne pour être universelle (comme la série l’était jusque là). Bien sûr, ces opinions n’engagent que moi, mais elles me permettent d’expliquer mon point de vue sur l’importance de la fin. J’ai parlé une autre fois de la fin des Tudors. Cette fin, si je la trouve si mystérieuse, c’est parce qu’elle prend un soudain recul historique : à la fois réduction de la vie de ce roi que nous connaissons maintenant intimement, et mise en perspective dans la vaste histoire humaine, nous permettant de faire correspondre ce personnage particulier à nos propres vies. Enfin, pour terminer ce petit tour d’horizon, la série qui montre par excellence comment une fin donne littéralement le sens à l’ensemble, c’est Battlestar Galactica. La fin nous donne la clé de toute l’histoire. Il ne s’agit pas seulement d’une information qu’on avait dissimulé jusque là, il s’agit du sens profond que les scénaristes ont voulu donner à l’histoire. Et son sens profond, ce n’est pas la découverte pour le téléspectateur, de, disons, qui est Cylon ou pas, mais de ce que toute cette histoire veut dire : pourquoi des Cylons, pourquoi des humains, pourquoi une guerre ? La fin, qui dans le cas de Supernatural aurait peut-être du être celle de la saison 5 (oui, oui, je suis un peu une geek en ce qui concerne les séries américaines), doit conclure, presque définitivement, un questionnement — quelque chose qui se joue souvent dans la tête des personnages, et non dans les événements décrits — qui nous tient en haleine pendant toute la durée de l’histoire. Quelle que soit la réponse — et les meilleures fins, selon moi, sont celles qui font douter — nous devons sentir que c’est la seule fin possible. Prosaïquement, nous devons sentir que l’histoire est terminée, qu’il n’y a plus rien à dire. C’est pour cette raison que je suis toujours si admirative devant les fins réussies : dit comme ça, ça ne vous paraît pas impossible ? Bien sûr, c’est possible dans la logique de l’histoire, mais justement, cette logique, on ne la comprend qu’à la fin si le truc est bien fait. Et les créateurs, le comprennent-ils eux aussi à la fin ? Parfois oui, parfois non (non, je ne suis pas normande). Mais saisir la logique d’une histoire, même si on l’a écrite, et je veux dire sa logique profonde, celle qui ne transparaît qu’à la fin, j’insiste, je crois que c’est un coup de maître en soi.
La fin, c’est toujours le plus difficile. Le plus absurde et le plus douloureux. Poser le point final, c’est toujours mourir un peu.
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