maloriel.fr

Pour ceux qui tomberaient par hasard sur ce blog, sachez que je me trouve désormais ici. C'est mon nouveau site perso/pro, et il sera mis beaucoup plus souvent à jour que ce blog ne l'était, et il est également plus riche question contenu.
Rendez-vous là-bas, donc :)

Journal d'écriture II

Ne serait-ce que pour mon unique lectrice connue :)



02/09/2012

Voilà, je recommence à m'y plonger, à saisir l'atmosphère que je veux rendre. J'ai eu peur pendant le mois d'août de finalement me lasser de mon histoire, et qu'elle devienne un énième récit inachevé. Mais je m'aperçois qu'il y a beaucoup de potentialités, de chemins que peut m'offrir cette histoire. Encore une fois, je ne dois pas manquer d'ambition. Y aller à fond. Parler du diable, de la nuit, de l'univers qui me fascine tant, celui de la religion et du clergé. Aller plus à fond là-dedans. Accomplir ce chemin sprituel avec Zélie, qui découvre au fur et à mesure, du moins dans la deuxième partie, des alternatives au christianisme.

08/09/2012

Je me suis rendue compte que j'évitais le conflit même dans mes écrits. Cette scène que je redoutais, je l'ai écrite, puisant dans mes pires souvenirs. Pour aller au fond des choses, et surtout, dire la vérité.

14/09/2012

L'impression que ce que j'écris, ce qui existe effectivement, ce qui est produit, le texte, n'est qu'un pâle reflet de ce que je voudrais exprimer. Je pense que je dois travailler avec beaucoup d'attention la structure, les transitions, les effets d'échos, d'annonces, les flashbacks. Car tout est dans la finition. La composition est super importante pour produire l'effet escompté, il n'y a pas que les moments d'expression lyrique. C'est difficile. C'est un sacré engagement. Mais il faut s'accrocher. Recommencer, encore et encore. Car pour écrire un roman, c'est tout ou rien. Il faut y aller, ou renoncer. Et comme il n'est pas question de renoncer...

24/09/2012

J'apprends à écrire mon roman en l'écrivant.
Certains personnages semblent mûrir leur rôle dans l'intrigue de leur côté, c'est-à-dire dans mon inconscient, jusqu'à ce qu'ils soient prêts à agir. Ainsi en est-il de Charles Baudelaire.
J'ai abandonné la précipitation, c'est bien. J'équilibre l'urgence.

10/10/2012

J'ai du mal à avancer. Je me demande si tout cela va se résoudre, et surtout comment. Zélie est partie dans un deuxième voyage initiatique, dans le sens inverse, en direction du passé. Et ce n'est pas elle-même qu'elle cherche à découvrir, mais Louise... Mais tout cela est encore très flou et obscur dans ma tête.

Je crois que malgré tout, ce qui bloque souvent, c'est la peur. La peur d'avancer, de risquer d'échouer, de rencontrer un mur. Il faut continuer. Page après page, chapitre après chapitre.
J'en suis au chapitre cinq de la deuxième partie. Retour chez Maryse.

13/10/2012

La deuxième partie est un peu la traversée du désert. Dans ce moment-là, on dépose ses doutes, et ses certitudes. On s'avance nu sous le ciel. On s'attend à tout, tout en n'imaginant absolument rien de ce qui est capable de nous submerger.

25/10/2012

J'en suis à environ 50 000 mots, au bout de cinq mois, soit à peu près 10 000 mots par mois. Ce n'est pas énorme, mais je suis tout de même assez satisfaite. ça fait environ 55 000 caractères par mois, soit une grosse nouvelle par mois, donc oui c'est plutôt pas mal. Stephen King préconise 1 000 mots par jour (et encore c'est au début), ce qui veut dire 10 jours à temps plein par mois, mais seulement 5 en considérant qu'on écrit 2000 mots par jour (mais là ça me semble vraiment énorme). Disons donc que je suis sur une bonne lancée :) Surtout que là on parle de temps strict d'écriture, pour les 10 jours par mois. Il y a aussi pas mal de temps de recherche, de planification, et bien sûr de relecture et corrections. Donc je suis sur la bonne voie, je dois continuer comme ça. Satisfaisant :)
Cela dit c'est une moyenne, là il y a un gros ralentissement au mois d'octobre, il faut que je compense.
En comptant journal intime, traductions, et nouvelles, j'écris vraiment énormément tous les mois. Que de mots !

27/10/2012

En ce moment, j'avance à tâtons, par à-coups. Même si ce n'est que par cinq cent mots. L'histoire se construit tout doucement. Je comprends maintenant à quel point j'ai besoin de patience, que tout ne sera pas grands moments exaltés. J'ai besoin d'y aller pas à pas. De soigner les transitions. De tout soigner. il n'y a pas que des moments bruts. Il y a une histoire qui mène à ces moments. Même si parfois c'est difficile à admettre, tant je voudrais plonger tout de suite dans le moment de grâce, si rare, si précieux, je cherche à le provoquer, à le reproduire, presque tous les soirs. C'est peut-être aussi là la source de mes problèmes d'écriture comme de mes problèmes personnels. Il n'y a pas de moment de grâce tous les soirs. Et toute la bière du monde n'y changera rien. J'essaie juste de soigner le vide. Je suis prête à essayer autre chose. A vivre les autres possibilités. A explorer les infinis du quotidien. Reprendre le dessus. Retrouver l'envie de me perdre dans les histoires, toutes les histoires. Voir ce qui se passe. Accepter le changement, c'est sans doute cela, le grand défi de l'âge adulte. Accepter la nuit, aussi.De toutes les manières possibles. En s'y pliant. En essayant de la goûter. En ne refusant rien.

Je suis tellement impatiente en voulant écrire ce roman. Il y a tant d'étapes à franchir, tant de minuscules étapes à accomplir qui, mises bout à bout, vont produire ce texte, complet, cohérent, abouti. C'est peut-être cela qui est si difficile à accepter, aussi. De passer par le terne, l'abandon, le désamour, la quotidienneté, pour produire quelque chose de pur, qui aura en lui un écho, une touche d'infini et d'absolu. Mais maintenant, je suis prête à le faire.
Maintenant que j'ai compris ça, j'ai l'impression que ça m'intéresse davantage. Je veux dire, le travail d'écriture dans son ensemble, avec tout ce que ça implique. Il me semble y voir plus clair. Tout simplement, mieux comprendre en quoi consiste la tache que je me suis fixée sans avoir aucune idée préalable de ce qu'il faudrait faire pour l'accomplir, et par là-même en faire quelque chose de réel, quelque chose qui existe en dehors de ma tête. Je crois que je tire sur le bon fil. Si je continue à tirer, toute la pelote va se dérouler. Et je n'aurais plus qu'à tisser.

01/11/2012

Je dirais environ entre 4 et 12h d'écriture par semaine, et oui, la fourchette est large. Je manque encore de régularité. Si j'arrive à réduire cette fourchette, j'aurais fait des progrès. On recommence les mesures dès la semaine prochaine !

En creusant, on réussit à faire émerger des choses. Comme une rivière qu'on assèche. Les traits pertinents apparaissent progressivement au sein d'un schéma général.

19/11/2012

Il me semble avancer à coups de hache ces temps-ci, forçant mon chemin dans l'histoire à travers régularité et quantité quotidiennes. Comme je construis mon histoire au fil de l'écriture, je ressens la nécessité de m'arrêter régulièrement, de reconsidérer, de revenir en arrière. Juste un peu, évidemment, sinon ça bloquerait tout le processus d'écriture. Mais je dois sans cesse ressaisir les fils, et m'écarter de l'ensemble pour avoir une vision d'ensemble du motif que je suis en train de tisser;
Je pose des jalons, j'exploite des effets à long terme. je modifie tout au fur et à mesure, selon ce qui se produit. Pour l'instant, la méthode de ne marche pas trop mal.
J'ai si longtemps appréhendé d'écrire ce roman, et voilà qu'il s'écrit. je ne dois pas passer à côté. Pour moi, le plus grand risque, c'est peut-être de l'écrire superficiellement, en voulant aller trop vite. Parce qu'il ne faut pas non plus écrire pour écrire.

23/11/2012

Je comprends autre chose : pour avancer, il ne faut pas seulement que je connaisse bien les personnages individuellement. Il faut que je comprenne comment ils font sens ensemble, comment leurs histoires s'emboîtent les unes dans les autres. Je crois que le personnage est à la base de l'histoire, mais ce sont les relations entre les personnages qui font évoluer l'histoire.

07/01/2013

Vais-je encore devoir tout relire ? Difficile de reprendre après une pause de un mois... Il faut se ressaisir de l'intrigue dans son ensemble, retrouver mes personnages là où je les ai laissés, avec leurs doutes et leurs résolutions. Retrouver la confiance, l'élan, et surtout, le feu sacré...

15/01/2013

Je dois me dépêcher d'écrire la suite, parce que dans l'intervalle de temps qui s'étire, le doute s'insinue. Et je me prends à ne pas aimer mon histoire, ni mes personnages, à trouver mes idées merdiques. Il faut avancer, coûte que coûte. On verra bien ou cela mène. Ce soir est peut-être un bon soir pour écrire mille mots.

Journal d'écriture I

Parce que peut-être certains s'y retrouveront.... Trois mois d'aventure pour mon premier roman (morceaux choisis :)

09/06/2012

Le début de l'histoire est sorti, plutôt vite, avec des débordements et des emportements. Maintenant, je me retrouve avec les pièces de mon puzzle, les éléments que j'ai posé sans savoir ce que j'allais en faire par la suite.

14/06/2012

Très difficile de soutenir un rythme continu. Je trouve ça assez épuisant. Écrire un roman, c'est traverser une mer souvent tourmentée. On se prend de grosses vagues en pleine figure et on change tout à coup de direction. Je découvre que la rédaction donne lieu à bien des surprises, comme si l'histoire était déjà écrite dans mon inconscient et que je la découvrais au fur et à mesure.

Comment faire que l'histoire parle d'elle-même ?
J'ai le sentiment que tout ceci n'est pas assez resserré, emboîté, conduit par une implacable logique, et pourtant c'est ce que je veux. Il faut faire plus de transitions, amener les choses avec plus de douceur. Mais ça n'est qu'un premier jet, dont certains passages ont été écrits très vite, voire précipitamment. Rien d'irrémédiable. Je pense que la vision d'ensemble va m'apparaître plus claire au fur et à mesure que je m'enfonce dans l'histoire.

02/07/2012

Quelques fois tout semble tellement triste. Je me rappelle d'une illustration qu'un ami avait fait de moi. Une petite fille qui traînait un gros sac noir, comme une hotte de Père Noël. Il était censé contenir toute la peine du monde, que mon personnage recueillait pour écrire. Plus de dix ans après, je crois que dans une certaine mesure, c'est toujours vrai.

04/07/2012

La logique implacable dont je parle naît des personnages. De leur nature propre, et de leurs interactions. Tout doit être une conséquence d'autre chose. Rien qui ne soit par hasard. Même l'aléatoire est pris dans cette logique interne. Ce sont les personnages qui déterminent l'histoire, et non l'inverse. Ils sont ce qu'ils sont, et ce qu'ils sont est la raison pour laquelle ils agissent de telle ou telle manière. Je dois bien les connaître pour que leurs réactions s'inscrivent naturellement dans le fil de mon récit, et aient un pouvoir sur le déroulement de ce récit.

05/07/2012

J'ai beaucoup de mal à m'intégrer dans l'instant présent, j'ai toujours l'impression de raconter les choses de loin, et de façon générale. C'est bien pour mettre en scène le cadre, pour faire des ellipses... Mais tout le roman ne doit pas être comme cela. il doit suivre les personnages, jour après jour, dans leur quotidienneté. Dans l'ici et maintenant de leurs vies imaginaires... En somme, trop de discours, encore.

08/07/2012

À travers ce roman, je voudrais avoir l'occasion d'exprimer tout ce qui me fascine dans ce dix-neuvième siècle en pleine ébullition, où le vieux monde achève de mourir, laissant un grand désarroi et une foi aveugle en le progrès.

10/07/2012

Pour moi la fiction doit jaillir d'une pensée mûrement synthétisée, c'est pourquoi elle n'est jamais facile. J'écris toujours avec des idées abstraites, je crois que c'est dans la nature même de ma façon d'écrire. Inutile de lutter contre, donc. Il me faut simplement faire attention à écrire des histoires, et non des traités de philosophie. Mon ambition est que l'histoire philosophe d'elle-même, c'est cela l'obstacle que je dois réussir à surmonter.

11/07/2012

Ce qui fait une histoire, ce n'est pas le nombre et la variété des événements qui y entrent. Tout est dans les détails. Les échanges de regards. J'y reviens, une fois de plus. Les silences.

L'idée, c'est aussi de plonger dans une atmosphère, dans la peinture des états d'esprit, sans que le tout soit dénué de suspense.

26/07/2012

Il y a quelque chose qui me bloque, mais je ne sais pas vraiment ce que c'est. Quelque chose que l'alcool m'aide souvent à débloquer, j'ai l'impression. M'aide à voyager, à libérer un flot sinon obstrué. Du mal à m'immerger, à faire fonctionner la magie. je ne sais pas trop quoi en penser. Je peux écrire sans la transe, mais j'ai aussi besoin de la transe, qui m'aide à mieux voir, en quelque sorte. Éternel problème, je sais qu'il n'est pas que le mien. Je cherche mon chemin. Il faut y arriver de toute façon, quelles que soient les circonstances extérieures. Cela, je le sais.

Et puis comment synthétiser toutes ces informations, quelles pistes suivre, comment formaliser cet ensemble disparate ? Tout, encore une fois, je le crois, doit m'être dicté par les personnages. C'est en eux que réside la solution, ils peuvent me la fournir d'eux-mêmes.

27/07/2012

Allez, il faut faire avancer l'histoire, faire parler et agir les personnages. Les mettre en scène, en conflit, les provoquer, les éprouver.

01/08/2012

J'ai peut-être bien le désir secret de soulever les foules. Je ne pense pas y arriver avec ce roman, et même y arriver tout court. Mais il faut que ce soit, absolument, le mieux que je puisse faire. Avoir de l'ambition. Risquer. Se jeter à l'eau. Faire tomber les masques, et avec eux, les métaphores.

Maintenant, j'ai des bases. Il faut que je travaille à faire monter le paroxysme autour des enjeux esquissés hier dans la partie "plan". Il faut faire monter la tension, nouer serrés les fils. S'acharner sur mes personnages.
Je n'ai pas de limite de temps. L'aventure intérieure n'a pas de limite théorique.

Pourquoi j'écris

Je sais que ce moment est là. Le moment de grâce. Au départ, je voulais écrire quelque chose de différent : « je sais qu’il n’est pas là à chaque fois ». Mais j’y crois si fort que je pense qu’il se dissimule toujours derrière le fin vernis du possible. Cette putain de seconde d’éternité, que je traque au travers des heures. Non, écrire ne sera jamais « marrant ». Jamais un « passe-temps ». Pardon si je me prends trop au sérieux, mais ce sera toujours beaucoup plus que cela. Oui, j’offre cela comme si j’allais mourir. Non, cela ne me permet pas d’être excusée pour ma médiocrité. Et non, cela n’est pas un prétexte à un manque de travail. Mais pour moi, l’écriture relèvera toujours d’un rapport au sacré. Il s’agit d’une route qu’aucune méthode de coaching, qu’aucun mot rassurant ne m’apprendra jamais à parcourir. J’écris comme d’autres se mettent en transe pour contacter les esprits. Et je recherche cette transe tous les jours, quitte à me brûler les ailes. Et je m’en fous si ça a l’air messianique. Je me fous de ce dont ça peut avoir l’air. Maintenant que je l’ai compris, je suis plus sereine. Je n’ai pas besoin de coller à un modèle. Et encore moins à celui de l’écrivain-artisan que l’on veut nous vendre. Peut-être, sûrement même, que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Et ce n’est en aucun cas une dépréciation de ma part. Mais j’avais envie de dire quelque part, d’expliquer, que je n’écris pas comme cela. En plus, je n’écris pas pour vivre dans le sens ou pour l’instant, ce n’est pas ma profession. Pourtant, j’écris pour vivre. Pas pour manger. Juste pour vivre. Je ne peux qu’une fois de plus citer Rainer Maria Rilke*, qui a défini la vocation et qui m’a aidée par ces simples mots à me mettre en face de moi-même et à comprendre ce simple fait : je dois écrire. 

* "Rentrez en vous-même. Cherchez la raison qui, au fond, vous commande d'écrire ; examinez si elle déploie ses racines jusqu'au lieu le plus profond de votre coeur; reconnaissez-le face à vous-même : vous faudrait-il mourir s'il vous était interdit d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : dois-je écrire ? Creusez en vous-même vers une réponse profonde. Et si cette réponse devait être affirmative, s'il vous est permis d'aller à la rencontre de cette question sérieuse avec un fort et simple "je dois", alors construisez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'à son heure la plus indifférente, la plus infime, doit se faire signe et témoignage de cette poussée."
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète. 

La folie

I'm coming to an end
I've realised what I could have been
I can't sleep so I take a breath and hide behind my bravest mask
I admit I've lost control
[Anathema, Lost Control]


Wikipédia nous apprend que l'artiste, Podkowinski, aurait lacéré sa propre toile au bout d'une trentaine de jours d'exposition, et qu'elle aurait été restaurée après sa mort, qui survient à l'âge de 29 ans... Évocateur, non ?



J'ai longtemps cru que ce tableau s'appelait "La jeune fille chevauchant la folie", mais je l'ai retrouvé sous le titre de "La Folie". Je l'avais acheté en carte postale lors d'une expo au Musée des Beaux-arts de Rennes sur la peinture symbolique polonaise (et non, je ne lis pas Télérama).
J'aime beaucoup cette image. Je crois que c'est celle qui me représente le plus. Ce cheval écumant créé dans les volutes de ténèbres, emportant cette jeune fille apparemment endormie qui s'accroche à lui presque affectueusement. La jeune fille chevauchant la folie, c'est un bon titre.

[La phrase du jour]


"La seule chose insupportable, c'est que rien n'est insupportable."

Désolée, je n'ai pas trouvé mieux que la VF.

[Les écritures du vide] Le roman


Je découvre avec une sincère surprise que ce qui me bloquait, ça n’était pas que je n’avais rien à dire. Ça me semble évident au bout de trois heures d’écriture : j’ai plein de choses à dire. J’étais tellement effrayée avant de commencer ce roman. Je m’en sentais incapable. Et puis j’ai commencé, sans déclic particulier. J’ai eu une idée, je me suis dit que c’était la bonne. J’ai écrit les premières lignes en suivant mon instinct. Et tout le reste a suivi, me réservant de multiples surprises. Je ne croyais pas si bien dire quand je déclarais que l’essentiel du travail était assuré par mon inconscient, et qu’il finirait tôt ou tard par s’exprimer.

J’ai l’impression que commencer ce livre débloque quelque chose de fondamental, comme s’il ouvrait la porte à tous les livres possibles qui mijotent dans ma tête. En fait, l’écrire est une véritable libération. Je suis bien plus libre qu’au sein de la nouvelle, qui s’est révélée une excellente école d’écriture, mais jusqu’à maintenant, je ne m’étais pas aperçue à quel point elle était contraignante. Et là, d’un coup, je voyage sous des cieux grand ouverts, aux horizons vastes et éloignés. J’écris en laissant mon écriture me mener. C’est assez inédit, du moins dans ces proportions. C’est grisant.
Le truc c’est qu’il n’y aucun sens prédéfini, ni aucun de sûr. C’est peut-être ça qui fait la réelle beauté de toutes ces histoires, suspendues, dérivant dans le temps, touchant à l’universel sans qu’on sache pour autant pourquoi exactement elles nous bouleversent.

Le sentiment de se vider jusqu’à la dernière goutte. Et de continuer à agiter la bouteille. Est-ce que le flot est vraiment tari ? J’ai toujours du mal à en être certaine. Je continue à me sentir habitée. Mais cela peut continuer. Ce qui cesse, c’est le flot des mots. C’est là que tout s’arrête, et que je dois lâcher à regret. Car les mots ont à peine à rattraper la sensibilité, peinent à décrire ses profondeurs, et l’esprit lui-même peine à synthétiser l’entièreté de ce qui lui brouille la vue.

J’ai vraiment l’impression de l’avoir en moi, ce livre. Et tous les autres à venir. Cette impression quasiment de voir au-delà de mes perceptions habituelles. De percevoir, à travers le temps, comme si son aspect linéaire n’était qu’une partie de sa réalité.

Je réussis enfin à écrire parce que j’ai cessé de discourir. Discourir, c’est intellectualiser. Il y a une autre manière de parler. En ce moment, quand j’écris, je n’ai pas l’impression de construire un raisonnement, de manier des idées selon un montage artificiel. Car le raisonnement philosophique est un jeu, il est d’ailleurs assez amusant. Mais ce n’est qu’un jeu. J’arrive à parler sans discourir. Et du coup, je me découvre soudain bien plus de choses à dire. Discourir, c’est extraire a posteriori le sens. Écrire, c’est le découvrir à mesure que l’on parle.

Une nouvelle à écouter !

Aujourd'hui, c'est la mise en ligne de ma nouvelle À travers l'horizon sur le site Donner de la voix ! J'espère que vous l'apprécierez, n'hésitez pas à partager vos impressions !

[Les écritures du vide] Des méfaits de la pensée abstraite sur la créativité

Quand j’écris, je me lasse parfois, parce que j’ai l’impression de m’écouter parler, de discourir sans fin, et je me dis : à quoi bon tous ces mots ? Ça en revient au problème que j’ai finalement découvert dans mon écriture : faire dans l’abstraction, rationaliser, expliciter, au lieu de raconter le fait brut. J’aurais peut-être moins l’impression de trop parler si je m’attelai à toucher le cœur du réel, les événements, bref, tout ce qui appartient à l’histoire, même le paysage et les objets. Mais réussir à faire de cela un tout cohérent. Ne pas écrire que j’écris, juste écrire. Je pense que réussir cela me délivrerais d’un poids, et je pourrais écrire plus, et tout et n’importe quoi, juste en suivant la trame de l’histoire, dans l’univers que j’ai créé, sans prendre un recul constant qui me pousse à considérer ce que je fais et à disserter sur l’histoire plutôt que d’écrire l’histoire. Je me rappelle comme un mantra : l’aventure intérieure n’a aucune limite théorique. Tout est possible, pourvu qu’on s’en donne les moyens, notamment en prenant congé du monde extérieur, mais aussi de son jugement critique, de sa pensée analytique, de son penchant insupportable à l’abstraction et à la rationalisation (c’est-à-dire la classification systématique) du moindre élément. Pourquoi cette pensée analytique a-t-elle réussi à avoir autant d’emprise sur moi ? C’est elle qui construit le vide, en se présentant toute nue, comme un plan de bâtiment : juste des lignes et rien entre ces contours. Ce vide auquel je me confronte tous les soirs. Il n’existe que dans le néant de ma capacité d’abstraction. Si elle est utile pour pouvoir penser le monde et tout simplement ne pas sombrer dans la folie, elle me coupe également de toute essentialité. Parce que je fais des schémas au lieu de colorier. Baudelaire aurait compris, je pense, lui qui haïssait le dessin précis et le réalisme des lignes, et qui vouait une passion aux couleurs et à l’expressivité.

[Autres mondes] Les activistes de l'imaginaire

Ayant toujours été portée sur l'épouvante et le fantastique, c'est tout naturellement que je me suis liée aux littératures de l'imaginaire dès l'enfance. Cependant, j'ai fait des études de Lettres et en partie grâce à cela, je ne me suis jamais renfermée sur ce domaine. J'aime la littérature, j'aime les mots. Et voilà qu'en tant qu'auteur, je me heurte à ce mur énorme qui sépare l'Est et l'Ouest de la littérature, celui qui sépare la "blanche" de la "SFF". Je trouve dommage que ce mur soit si sûr de lui-même, bien ancré dans les habitudes des uns et des autres, chacun de son côté du mur.
Mais au-delà, de ce constat, force m'est d'en formuler un deuxième. De façon peut-être inattendue par rapport aux clichés qui prétendent qu'il y a une "vraie" littérature, sérieuse et la seule qui puisse réellement revendiquer sa qualité "littéraire" et exciter l'intérêt des universitaires, du côté de la SFF, le monde associatif ou de l'édition indépendante est d'une part bien plus actif, et d'autre part beaucoup plus professionnel. Par exemple, si vous cherchez à publier une nouvelle dite de "littérature blanche" (et je déteste ce terme), vous tomberez sur tout un tas de sites dont l'amateurisme vous fera reculer tout de suite. Peut-être que cet amateurisme n'est qu'une façade. Mais dans le monde des arts, la communication c'est primordial. Et moi, quand je tombe sur un site web fabriqué comme n'importe quel site perso amateur (couleurs criardes, mise en page chaotique, animations flash toutes moches, vous voyez le tableau), ça me fait fuir immédiatement. Et c'est sans parler de ces revues qui vous proposent des concours de nouvelles quasiment sans communication, si ce n'est l'accès au règlement. Ce sont des structures floues, on ne sait pas à qui on s'adresse, on ne comprend pas le projet qu'il y a derrière. Pareil pour les ateliers d'écriture. les structures qui en proposent sont toutes payantes, et on ne sait jamais trop si on va se retrouver avec un groupe de grand-mères qui cherchent à s'occuper, ou bien avec de véritables passionnés d'écriture. En fait, le monde en ligne de la littérature blanche (excepté pour les éditeurs professionnels, et encore, beaucoup ne semblent avoir aucune personnalité, aucune véritable ligne éditoriale, ou alors puent un certain intellectualisme à deux francs six sous) est confondu avec celui de l'écriture pour les amateurs. Je ne dis pas que ce n'est pas bien, mais quand on a d'autres ambitions, on a l'impression qu'il s'agit d'un monde refermé sur lui-même, qui gravite autour des auteurs consacrés par la presse et les chroniques de la rentrée littéraire. Je me demande toujours comment ces auteurs en sont arrivés là, quand il y a si peu de tremplins véritablement destinés aux jeunes écrivains, et non à n'importe qui qui a envie de s'essayer à l'écriture, comme je pourrais m'initier à l'aquarelle, parce que c'est plaisant, et non parce que je veux devenir une peintre reconnue.
Voilà, je n'écris pas ce poste pour cracher sur la littérature blanche, mais surtout pour dénoncer d'une part la fracture qui existe en France entre deux littératures, et d'autre part pour rendre hommage au professionnalisme et à l'esprit d'initiative, à l'énergie qui anime le milieu de l'imaginaire. Ces deux mondes ne sont-ils pas réconciliables ? Pourquoi devoir choisir son camp ? Certes, pour ma part ma sensibilité est plutôt fantastique. Mais en écritures, j'aime essayer des trucs. Les appels à textes sont pour moi un moyen régulier de les essayer. Mais si mon esprit vient à dériver vers des contrées prohibées, je suis retenue par ce mot écrit en rouge vif : imaginaire. Donc, pas de possibilité d'écrire des textes réalistes qui pourraient bénéficier de la même attention et du même professionnalisme. C'est un constat décevant. Je suis sûre que plein de gens voudraient me contredire, et croyez-moi, j'attends la contradiction avec impatience.

PS: si j'ai pensé à cela ce n'est pas par hasard, vous trouverez un texte non fantastique dans la rubrique "textes". Et oui, j'ai cherché si ça pourrait intéresser un éditeur ou un magasine, mais je n'ai rien trouvé qui me séduise. Alors tant pis, je le poste ici, car il y sera toujours mieux que dans mon dossiers "nouvelles achevées", sur mon ordinateur, puisque ici il a une chance d'être lu. Ce n'est pas pour la reconnaissance, mais simplement parce que j'ai dépassé depuis longtemps l'idée d'écrire "pour moi". Non, mes textes ont vocation à être lus, peu importe par qui et par combien. C'est dit :)

[Les écritures du vide] Quelque chose qu'on oublie dans les manuels d'écriture

Et ce quelque chose c'est... Nous-mêmes. En tant qu'individus. Être écrivain, comme toutes les professions artistiques, ce n'est malgré tout pas un métier comme les autres. Car il nécessite un investissement personnel incomparable. La plupart des écrivains ne travaillent pas pour être rétribués, car ils savent qu'ils ne le seront pas, ou trop peu.

On lit beaucoup d'articles de conseils aux auteurs, et certains sont très intéressants. Le problème ? Ils sont tous consacrés d'abord au style, et ensuite à la méthodologie. C'est bien. Mais ils ne disent pas que pour écrire, et surtout dans une optique professionnelle - et donc aménager son rythme et son mode de vie dans cette perspective - il faut avant tout se trouver soi-même. Je suis persuadée que personne n'arrivera jamais à devenir écrivain, c'est-à-dire à s'épanouir artistiquement et donc personnellement, s'il n'a pas trouvé d'abord ce que signifiait "écrire" pour lui. Sur mon blog perso, il y a cette citation de Rainer Maria Rilke, un poète et écrivain allemand, dans Lettres à un jeune poète, une compilation d'échanges épistolaires avec un jeune poète. Pour moi, cette citation est le début de tout :
"Rentrez en vous-même. Cherchez la raison qui, au fond, vous commande d'écrire ; examinez si elle déploie ses racines jusqu'au lieu le plus profond de votre cœur; reconnaissez-le face à vous-même : vous faudrait-il mourir s'il vous était interdit d'écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l'heure la plus silencieuse de votre nuit : dois-je écrire ? Creusez en vous-même vers une réponse profonde. Et si cette réponse devait être affirmative, s'il vous est permis d'aller à la rencontre de cette question sérieuse avec un fort et simple "je dois", alors construisez votre vie selon cette nécessité; votre vie, jusqu'à son heure la plus indifférente, la plus infime, doit se faire signe et témoignage de cette poussée."
Une fois que j'ai répondu à cette question, j'ai avancé d'une étape dans mon chemin d'écrivain, qui implique des obstacles techniques mais aussi, et surtout, des obstacles moraux. Je veux dire qu'écrire est une aventure intime.

Je sais bien sûr que tout le monde ne la vit pas de la même manière. Mais. Un écrivain que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire, Greg Keyes, a dit un jour qu'écrire, c'était la capacité à s'assoir devant un bureau et à s'y mettre. S'assoir. Écrire. D'une simplicité enfantine, mais ça résume bien pour moi tout le problème de l'écriture. C'est que ça ne vient pas tout seul. Non, je ne veux pas parler d'inspiration, car le problème est bien plus complexe que ça. L'inspiration, ça se travaille. L'inspiration, ça s'invoque. Quand je me mets à écrire, j'ai souvent l'impression de faire de la magie. La magie est une bonne métaphore dans le sens où je crois à l'importance des rituels. Chacun doit trouver les siens, de manière à faire monter l'écriture en soi. Parce que si vous vous asseyez à votre bureau pour écrire, il y a de bonnes chances que vous soyez assaillis par l'ennemi suprême de n'importe quel créateur : le vide. Il faut aller chercher l'écriture en soi, et la sortir par tous les moyens, des moyens qu'on doit trouver en soi. On doit trouver ses ressources, les identifier, et être capable de les mesurer. Cette démarche représente un travail qui tient beaucoup plus de l'introspection que du perfectionnement technique. L'écriture est un artisanat, mais c'est avant tout un art intellectuel. Et pour le pratiquer, il faut de la disponibilité mentale, il faut avoir l'esprit à ça, il faut pouvoir l'assumer, et surtout s'y investir. Il faut être capable de supporter la pression intérieure qu'engendre cette pratique, canaliser le déferlement qu'elle provoque parfois. Et il faut aussi savoir provoquer l'hémorragie, ou l'inspiration, si vous préférez.

Et puis, pour écrire, là encore pour en revenir à des choses bêtes et simples, il faut savoir quoi écrire. Et pourquoi. Le comment vient bien après, seulement après qu'on ait résolu ces deux premières questions. Bien sûr, on écrit beaucoup de choses avant d'avoir résolu tout ça. Mais je suis persuadée que la qualité de l'écriture tient énormément au degré de clarté de ces réponses.
Il ne suffit pas de s'entraîner, ni de le vouloir. ça, c'est une idéologie américaine à la con qui a oublié que vivre prenait du temps. La culture du résultat, y compris en art - combien d'artistes, j'imagine, se sentent pris à la gorge parce qu'ils ne produisent pas assez ? - nous détourne parfois du plus important. Et ce qui importe c'est ce qu'on va écrire. Quelque chose de bien, ou un truc vite fait histoire de se prouver qu'on a pu l'écrire, ou bien qu'on a écrit parce qu'on était trop impatient, sans se poser les bonnes questions ?

Non, pour écrire, il ne suffit pas de le vouloir, même très fort. Il faut en avoir pris la décision profonde, existentielle, même. Il faut ensuite se trouver en tant qu'écrivain. Quel écrivain est-on ? Quel rapport entretient-on avec l'écriture ? Et surtout, définir ce qu'on veut faire, ce qui nous satisfait, tout simplement ce qui nous rend heureux. On ne doit pas seulement s'adapter à son métier. Il faut l'adapter à nous. Il faut se l'approprier. Je veux dire que le rapport qu'on a à l'écriture ne va pas de soi. Il faut le construire. Savoir quand on aime écrire, et dans quelles conditions. À partir de là, on peut créer des conditions d'écriture. Et là, peut-être écrire plus, mais en tout cas, certainement écrire mieux.

L'écriture est un cheminement solitaire, et cette route est longue, très longue. Il n'y a pas d'immédiateté, de facilité, de productivité. Il n'y a que des carrefours, des questions, des hésitations, des tentatives.

C'est ce cheminement, notamment, qui m'a permis enfin de cerner quelque chose qui me gênait dans mon écriture sans que je sache vraiment définir quoi. Je vous le raconte en guise d'exemple, car il m'a fallu du temps, beaucoup de temps, pour identifier ce problème qui m'était propre : c'était quelque chose que je devais trouver de moi-même.

En effet, j’ai l’impression de comprendre peu à peu ce qui cloche dans mes histoires : je les écris souvent comme un script, d’une façon ébauchée, inachevée. Je n’entre pas dans l’action, je reste en surface, parce que j’imagine d’abord, et je ne mets pas en scène en suite. Je reste dans l’abstraction au lieu de manifester ce que j’ai exprimé d’un point de vue abstrait, de pure pensée. Je n’écris que des pensées. Pas des actes. Et je crois que cela me fait perdre en efficacité. Ce que je veux, c’est trouver des symboles. Faire parler mes pensées. Non pas simplement les écrire, mais les faire exister dans mon histoire, si bien que je n’aurai plus besoin de les écrire, car c’est l’histoire qui parlera d’elle-même. C’est peut-être aussi cela que je trouve tellement parfait dans la musique. Et dans les séries que j’admire. L’une comme les autres ne dissertent pas. Elles montrent. Elles manifestent. Elles font exister, physiquement. Et pourtant, elles sont d’une richesse et d’une profondeur inépuisables. Et c’est ça qui m’énerve. Je n’ai pas encore appris à faire exister mes pensées en dehors d’elles-mêmes. Incroyable moment de lucidité, je ne pensais même pas en être capable.

Comme quoi... Pour ma part, le journal d'écriture est utile, voir indispensable. Parce qu'il me raconte mon propre parcours, et me permet de comprendre non seulement mon rapport à l'écriture, mais de le créer, et de le développer.
Voilà, je pense donc qu'il est nécessaire et bénéfique de réfléchir à son rapport à l'écriture avant même de vouloir changer son écriture telle qu'elle se manifeste, c'est-à-dire dans son aspect technique. D'abord le pourquoi, et le quoi. On en comprend ensuite d'autant mieux la technique.

Lecture de minuit

Je vous parlais d'expérimentation, eh bien jetons-nous à l'eau, en voilà une.
J'ai écris au fil des mélodies. Je n'ai jamais diffusé mes écrits de cette manière.



[Les écritures du vide] Progressions

...et expérimentations

En ce moment, je touche à tout. J’expérimente différentes façons de transmettre une histoire dans mon recueil sur la forêt (voir le prologue plus bas sur cette page) : l’enfant qui parle, le père qui raconte une histoire à ses enfants, la jeune fille qui écrit une lettre à son frère, le récit au passé, au présent. Tout cela avec une contrainte de taille : un seul point de vue. L’idée est la suivante : il s'agit de récits se déroulant tous en forêt, qu’on s’échange lors de veillées. Chaque personne raconte donc sa propre histoire. Au sein de cette contrainte, j’essaie de tester différentes possibilités de narration.

Mais je varie aussi les genres. Toujours sur un roman que je qualifierais de dark fantasy, avec une influence certaine venue du cycle d’Elric (c'est un roman à quatre mains dont mon homme écrit le scénario), je me lance également pour la première fois dans une nouvelle de pure fantasy, avec un monde inventé, de la magie et des épées. Ces références aux genres ne sont là que pour expliquer ce que j’écris en ce moment. Le genre ne précède pas l’histoire, c’est plutôt l’histoire qui l’appelle, et bien sûr mon envie de tester les différentes saveurs de toute la gamme littéraire. J’aime la contrainte, du genre en particulier. J’aime les contraintes narratives. Cela resserre mon récit, lui donne un cadre. Mais d’abord, vient toujours l’idée, le ressenti. Mais un ressenti tout seul ne vaut rien. Il lui faut un cadre pour s’exprimer : un peintre ne peint pas dans l’univers tout entier, mais dans les limites d’une toile. Je fais pareil. Et je suis toujours adepte de l’idée baudelairienne selon laquelle la contrainte peut, potentiellement, faire rejaillir l’idée plus forte, plus intense. Tout cela, bien sûr, sans parler du plaisir ludique à essayer, à jouer. Dans un jeu, il y a toujours des règles, et c’est ça qui le rend si amusant.

Dernier point enfin, ce qui me taraude en ce moment, c’est de tester des idées. De mettre en récit des réflexions.
Exemple.
Ces temps-ci, je réfléchis au personnage du barbare, je dois le dire, parce que la série Game of Thrones m’y a incitée, puisque j’ai particulièrement adhéré au personnage de Khal Drogo (même si je suis une très grande fan de sa femme, qui est sublime dans tous les sens du terme, mais son personnage nécessiterait tout un livre, et je ne m’y suis pas encore attaquée ;). Le barbare, donc : c’est cet absolu d’action, sans arrières pensées, cette force brutale et primitive dans l’âme et le corps. Je crois que c’est cela qu’essayait de dire Howard, une pensée nietzschéenne déformée par les idéologies nationalistes. Les nations n’ont pourtant rien à voir avec cela : la nation délimite, légifère. Alors qu’on parle d’un domaine où les frontières s’effondrent et la loi n’est plus qu’un mot sans importance. Une vue de l’esprit, qui n’a pas le pouvoir de contrecarrer l’impulsion vitale.
Mais comment concilier cela avec, justement, cette esthétique de la morale ? La morale est-elle un absolu ? Le personnage du barbare est-il un absolu de la morale ? En un sens, oui, j’en suis persuadée. La beauté de l’action réside dans le fait qu’elle soit une valeur incarnée, une valeur en mouvement, une valeur qui n’est plus une vue de l’esprit comme la loi, mais un fait, un phénomène.

Voilà. Eh bien, je commence à explorer ces pistes dans une nouvelle pour un appel à textes : celui de Griffe d’Encre sur le feu. Les deux thématiques ont fini par se rejoindre naturellement dans mon esprit. J’avais bien envie d’essayer cet appel à textes, car les thématiques élémentaires me séduisent, mais je n’avais guère d’idées. Et puis, les deux réflexions séparées ont fini par trouver un point d’appui commun. On va voir ce que ça donne.

Je parle toujours de ce que je fais mais vous n’en voyez pas grand-chose, parce que les processus d’écriture et de publications prennent souvent un temps désespérant, mais du coup, j’ai quand même eu envie de vous livrer un aperçu du travail effectué en ce moment. Vous trouverez donc dans la section « Textes » une nouvelle inédite destinée à mon recueil sur la forêt (que j’appelle comme ça parce qu’il n’a pas encore de nom). Pour info, ce recueil compte pour l’instant une demi-douzaine de nouvelles dont quatre que je considère comme achevées. Je travaille actuellement sur l’organisation et le remaniement de deux d’entre elles.

Notamment au programme : une réécriture des Bacchantes d’Euripide, où Dionysos, chassé par le roi d’une cité qui n’a pas reconnu le dieu, se venge en faisant entrer les femmes de cette ville en transe. Celles-ci partent dans les bois et se baignent dans le sang des animaux, et tuent accidentellement le roi, croyant qu’il s’agit d’un animal. C’est une histoire que j’aime beaucoup, car elle a beaucoup à raconter sur les frontières entre l’homme et la forêt, la loi et le chaos, sur le sens de la transe et surtout sur Dionysos, le dieu de la totalité, de l’absolu, de l’indifférencié, par essence opposé à la Cité, la loi, l’ordre humain.

Mais pour l’heure, bien que vous y retrouverez évidemment ces thématiques (puisqu’elles font partie de mes questionnements), je vous propose une nouvelle inspirée de l’Angleterre du Moyen-Âge : Newforest, paradoxalement la plus vieille forêt d’Angleterre, a abrité de nombreux nobles expropriés par le roi William (Guillaume le Conquérant), vivant comme des brigands. J’ai repris cette idée et y ai ajouté une présence sylvestre qui, telle Dionysos, dépasse l’humain et ses tentatives d’organiser le monde. À vous de juger, et n’hésitez pas à me faire part de vos réactions !

[Autres mondes] Vous reprendrez bien une petite louche d'imaginaire ?

Moi, quand j'ai une envie de shopping, c'est rarement pour des fringues (un peu plus souvent pour des sous-vêtements). Aujourd'hui, je suis allée me soulager de cinquante euros offerts à Noël dans ma librairie préférée. Et ça, c'est bon. Une heure à regarder les rayons dans tous les sens, à hésiter, à prendre, à re-poser, à feuilleter, à me gratter la tête... Quel sera THE bouquin, celui qui va me faire passer une nuit blanche, celui qui lèvera le voile gris de ce monde pour révéler les rivages brillants de je ne sais pas trop quoi, vu qu'il s'agit d'une citation imparfaite de Gandalf...?
Alors, dans mon sac en sortant triomphalement de la boutique : la trilogie de Dave Duncan, Les Lames du roi. Des enfants turbulents, des serments à vie et un hall de fer, le tout dans une atmosphère moyenâgeuse, ça a suffit à me convaincre de débourser la moitié de mon budget (d'autant que c'est une trilogie concentrée dans un joli bouquin aux éditions Bragelonne). Ensuite, je me suis dit, pour maximiser la quantité de nourriture intellectuelle, je vais acheter des petits bouquins, ces humbles livres de poche qui sont pourtant mes plus fidèles compagnons. Alors je me suis agenouillée, penchée, engourdi les genoux, tordu le cou (car ma librairie préférée ne sait plus quoi faire de ses livres), et j'ai finalement sélectionné : Cristal qui songe de Theodore Sturgeon, un bouquin paru en 1950 (!) se déroulant dans l'univers des forains et autour du mystérieux patron, le Cannibale, qui possède des cristaux magiques, et d'un petit garçon orphelin qui s'est enfui de sa maison d'adoption et a été transformé en fille pour les besoins de son futur numéro. Ensuite, La Forêt d'Envers-Monde, dont le titre seul a suffi à me conquérir, et d'ailleurs, je ne suis pas bien sûre de quoi ça parle. Ensuite, Leçons du monde fluctuant par Jérôme Noirez, parce que les auteurs français, c'est bien, et parce que le quatrième de couverture m'indique qu'il s'agit d'un hommage très personnel à Alice au Pays des Merveilles, et étant une fan incurable, je lirai tous les hommages du monde à cet immense classique. Et enfin, Le Costume du Mort, de Joe Hill, un bouquin qui m'avait déjà intriguée à l'époque où c'était un gros livre cher à 20 euros. C'est l'histoire d'un homme collectionneur d'objets étranges et glauques, qui se retrouve hanté par le défunt possesseur d'un costume dont il a fait l'acquisition.
Voilà, plein de lecture donc ! J'en reparlerai si ces bouquins en valent le coup, ce que j'espère !

[Les écritures du vide] Suite et fin

III/ La traduction du rêve


Le problème avec ma façon d’écrire, c’est que quand quelque chose me vient, l’inspiration si on veut, cela dépasse toutes les histoires. Je n’ai jamais une histoire en tête. Seulement des impressions, des sensations, des silhouettes, des cadres. La question que je me pose souvent, c’est comment caser telle ou telle vision dans l’enchâssement d’un récit. Comment canaliser ce flot brut, ce besoin irrépressible, et comment modeler une forme ? J’ouvre souvent des documents vierges. J’écris au hasard. Après, je me demande comment intégrer cette matière brute. Le soir, je suis traversée de rêves. Si vous avez déjà essayé de coucher un rêve par écrit, vous connaissez le genre de difficultés auxquelles je peux me heurter. Un rêve, pour moi, c’est avant tout une impression. Les mots ne correspondent jamais à ce vaste flou qui a pourtant tellement d’intensité. Organiser, planifier, caser, c’est parfois un sabotage du rêve. Mais il est aussi parfois nécessaire, car sans lui, il n’y a pas d’écriture. L’écriture n’est qu’une vaine et interminable traduction du rêve.

Il y aussi ceci de particulier dans l’écriture qu’il me semble que je doive traduire maintenant. Pas tout à l’heure, pas demain. Maintenant. Comme si le sens profond de mon émotion allait m’échapper dans quelques minutes, et c’est généralement le cas. J’en reviens au début de ma réflexion : quand j’écris, je suis toujours pressée.


IV/ Conclusion : la fin. (même si je parle d’un certain nombre de fins de série, je ne spoile pas, je ne donne que mon ressenti sur les fins en question)


Comment finir ? Chuck l’écrivain prophète de romans de gare (cf Supernatural, la série télévisée) devient enfin bon, avec cette fin. Toute sa sensibilité s’y exprime finalement. Les fins sont terribles, les fins sont impossibles, mais est-ce que quoi que ce soit finit jamais ?

Le mot juste. Toute l’écriture se résume à ça, et de même pour la traduction. Une recherche perpétuelle de la perfection linguistique. Vaine quête du Graal ? Parfois oui, parfois non. Certaines phrases sont si belles et limpides qu’elles sont propres à écrire une fin. Les fins me viennent plus facilement que le développement, et un peu moins que les débuts. Elles surviennent souvent dans le même jaillissement que les commencements, la vision brutale et pure arrachée des tripes par la musique. Mais lorsque arrivent les derniers mots, les instants ultimes de la mélodie qui ralentit puis s’éteint, je deviens maladroite et incertaine, tâtonnant dans le crépuscule de ma création. Il faut clore. Rendre un hommage digne à tout ce qui a précédé. Trouver une manière de dompter l’essence absurde de n’importe quel récit, afin d’achever sa transformation en histoire : une histoire, quoi qu’on en dise, ça a du sens. Et ça en a parce que ça a un début, un milieu, une fin. C’est un découpage apparemment arbitraire du temps qui aboutit à un tout cohérent. Cet ensemble permet de donner un peu de signification au Temps. Le temps sans fin, quelle qu’elle soit, n’est pas du temps. C’est l’éternité. Je vous donne un exemple : quand on regarde un film ou une série, l’impression finale, c’est ce qui va définir toute votre compréhension de l’oeuvre, ce qui va vous donner la véritable impression. Vous avez aimé le début ? Vous vous êtes ennuyés pendant le développement de l’intrigue ? La fin, pourvu qu’elle soit bonne, peut rattraper tout cela et donner un sens à ce que vous avez vécu. Par exemple, Six Feet Under (je fais ici une parenthèse pour expliquer une chose : si je me réfère souvent aux séries télévisées pour parler d’écriture ou de scénario, c’est pour la simple raison que beaucoup de séries me paraissent sublimer l’art de la narration) : j’ai adoré la première saison. Je me suis ennuyée dans les saisons du milieu, presque jusqu’à la fin. Puis il y a eu le dernier épisode. Cet épisode a donné son sens et sa portée à toute la série, même si elle s’égarait parfois dans des détours qui ne m’intéressaient pas. Un contre-exemple, maintenant : Lost. J’ai adoré toute la série. Le dernier épisode a réduit le sens et la portée de la série. Toute la mystique développée au long des épisodes se retrouve enfermée dans le carcan d’une vision idéaliste et bien trop chrétienne pour être universelle (comme la série l’était jusque là). Bien sûr, ces opinions n’engagent que moi, mais elles me permettent d’expliquer mon point de vue sur l’importance de la fin. J’ai parlé une autre fois de la fin des Tudors. Cette fin, si je la trouve si mystérieuse, c’est parce qu’elle prend un soudain recul historique : à la fois réduction de la vie de ce roi que nous connaissons maintenant intimement, et mise en perspective dans la vaste histoire humaine, nous permettant de faire correspondre ce personnage particulier à nos propres vies. Enfin, pour terminer ce petit tour d’horizon, la série qui montre par excellence comment une fin donne littéralement le sens à l’ensemble, c’est Battlestar Galactica. La fin nous donne la clé de toute l’histoire. Il ne s’agit pas seulement d’une information qu’on avait dissimulé jusque là, il s’agit du sens profond que les scénaristes ont voulu donner à l’histoire. Et son sens profond, ce n’est pas la découverte pour le téléspectateur, de, disons, qui est Cylon ou pas, mais de ce que toute cette histoire veut dire : pourquoi des Cylons, pourquoi des humains, pourquoi une guerre ? La fin, qui dans le cas de Supernatural aurait peut-être du être celle de la saison 5 (oui, oui, je suis un peu une geek en ce qui concerne les séries américaines), doit conclure, presque définitivement, un questionnement — quelque chose qui se joue souvent dans la tête des personnages, et non dans les événements décrits — qui nous tient en haleine pendant toute la durée de l’histoire. Quelle que soit la réponse — et les meilleures fins, selon moi, sont celles qui font douter — nous devons sentir que c’est la seule fin possible. Prosaïquement, nous devons sentir que l’histoire est terminée, qu’il n’y a plus rien à dire. C’est pour cette raison que je suis toujours si admirative devant les fins réussies : dit comme ça, ça ne vous paraît pas impossible ? Bien sûr, c’est possible dans la logique de l’histoire, mais justement, cette logique, on ne la comprend qu’à la fin si le truc est bien fait. Et les créateurs, le comprennent-ils eux aussi à la fin ? Parfois oui, parfois non (non, je ne suis pas normande). Mais saisir la logique d’une histoire, même si on l’a écrite, et je veux dire sa logique profonde, celle qui ne transparaît qu’à la fin, j’insiste, je crois que c’est un coup de maître en soi.

La fin, c’est toujours le plus difficile. Le plus absurde et le plus douloureux. Poser le point final, c’est toujours mourir un peu.



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